Maison de gros Doré

La maison de gros Doré est une entreprise crée par Eugène Doré, reprise par son fils Henri Doré, puis par son petit-fils Pierre Doré en 1933.

Chronologie

1850 – 1872 : fondation de la maison de gros

Portrait de M. Pizot-Leroux, Petit musée n°4

L’histoire de cette maison de commerce à Chartres débute en 1850 avec M. Pizot-Leroux. L’entreprise s’établit initialement sous l’enseigne du « Coin de rue », à l’angle formé par la Place du Marché-aux-Balais et la rue du Vieux-Marché-aux-Blés. Son développement précoce est marqué dès 1853, lorsque le magasin élargit son activité pour inclure le commerce de gros.

1872 – 1903 : reprise par Eugène Doré

Portraits d’Eugène et Cécile Doré

Le destin de l’entreprise bascule en 1872 avec l’arrivée de Eugène (Sitt) Doré et de Cécile Brottier. Eugène Doré, né à Châteauneuf en 1843, était un commis-voyageur pour la maison de gros Leparmantier, de Tours. Son mariage avec Cécile Brottier, fille d’un négociant, est emblématique de la bourgeoisie commerçante du temps : contrairement à un « roman d’amour » imaginé par la presse locale, ce fut l’union d’un homme d’avenir, sérieux et travailleur, avec une fille de négociant.

Eugène, qui connaissait le métier, avait déjà avancé 15.000 francs à M. Pizot-Leroux. Forts de l’aide de leurs parents, ils purent acheter le fonds de commerce en 1872. Sous leur direction, l’affaire prospère et s’agrandit, notamment avec l’achat de la maison Nicolle (tissus), rue de la Clouterie, qui devint le siège du négoce de gros.

1903 – 1933 : reprise par Henri Doré et consolidation

L’année 1903 marque une étape clé : M. Eugène Doré cède la maison de gros à son fils, M. Henri Doré.

Portrait d’Henri Doré, Petit musée familial – Tome 1 (Bruno Doré)

Entre 1903 et 1933, Henri Doré consolide la position de l’entreprise en procédant à la fusion de plusieurs merceries de gros de Chartres, dont les maisons Glon, Venot, Mauger et Libor. Malheureusement, cette période florissante prend fin brutalement le 26 février 1933, lorsque M. Henri Doré disparaît prématurément à 56 ans, des suites d’une crise d’appendicite opérée trop tardivement.

1933 – 1953 : reprise par Pierre Doré et l’ère de la Guerre

Face à cette perte, M. Pierre Doré reprend la lourde charge de l’entreprise à seulement 22 ans.

Portrait de Pierre Doré, archives personnelles

Grâce aux avis éclairés de sa mère, Mme Henri Doré (née Yvonne Jouet), et des fidèles collaborateurs de ses parents, il parvient à poursuivre et développer l’œuvre familiale, malgré la crise économique que traverse la France.

Photo d’Yvonne Doré (née Jouet), Petit musée familial – Tome 1 (Bruno Doré)

L’entreprise connaît un changement majeur d’adresse : en 1935, l’emplacement du 57, rue du Docteur Maunoury est acheté, et le nouvel immeuble, siège du Centre Régional des Magasins Indépendants, est achevé et aménagé en 1939, juste avant la guerre. Ce magasin, qui regorgeait de plusieurs milliers d’articles et de références, des Merceries, Bonneteries et Chaussures aux « sabots de bois » et à la Papeterie, était perçu par les enfants comme une véritable « caverne d’Ali baba ».

Carte de la zone occupée à son avancée maximale. Chartres, au sud-ouest de Paris, n’est bien sûr pas épargnée

La Seconde Guerre mondiale teste la résilience de la maison. M. Pierre Doré a évoqué les démolitions et l’occupation allemande, ayant été lui-même incarcéré par la Gestapo en même temps que quatre de ses collaborateurs. Malgré ces épreuves, l’entreprise se distingue par son action sociale : elle apporte son aide aux prisonniers de guerre par l’envoi de colis, participe aux répartitions de combustible et au ravitaillement en denrées rares pour la communauté.

1953 : le centenaire de la maison de gros Doré

Le centenaire, célébré en 1953, fut l’occasion d’un grand hommage à la famille et au personnel. Un dîner réunit les membres de la famille (Mme Henri Doré, M. et Mme Pierre Doré, et leurs proches) et les collaborateurs. L’émotion est palpable, notamment à l’évocation de M. Guillaumin, doyen des clients, décédé la veille après avoir célébré ses noces de diamant. Des employés totalisant de 30 à 44 années de présence reçoivent des cadeaux, et M. Raush offre à M. Pierre Doré une magnifique maquette de l’immeuble de la rue du Docteur Maunoury.

M. Houdebine, président de l’Association-Chaîne Seldis, a salué le dévouement de la famille et l’engagement de la maison dans les œuvres charitables, les kermesses et l’amicale du personnel. Une messe fut dite le dimanche matin à Notre Dame de Sous-Terre pour les membres décédés, et l’après-midi, le personnel était convié à une excursion dans la vallée de Chevreuse, conclue par un spectacle à Paris (Mogador ou le Français). Le vœu formulé par M. Houdebine résume l’esprit de l’événement : que ce centenaire soit « non pas un aboutissement, mais une raison de plus grande prospérité pour le bien de la cité et de la maison. »

Article de journal sur l’évènement

Références


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