Francis Doré

Francis Henri Maurice Marie Doré, né le 7 septembre 1934 et mort le 15 février 2026 à Chartres, était un pédiatre chartrain. Il est le fils de Pierre Doré et de Madeleine Baulant.

Vie personnelle

Enfance

Francis Doré est le premier fils du marchand de gros Pierre Doré et de Madeleine Baulant. Il est né le 7 septembre 1934 à Chartres.

Pierre et Madeleine Doré, photo de Bruno Doré

Francis est l’ainé des 7 enfants de Pierre et Madeleine Doré dont voici la liste :

  • Francis Doré (07/09/1934) marié à Marie-Hélène Fruchard
  • Yves Doré marié à Solange Fagnier
  • Bruno Doré marié à Elisabeth Mauger
  • Xavier Doré marié à Chantal Hue
  • Marie-Hélène Doré mariée à Jacques Fruchard
  • Jean-Louis Doré marié à Catherine Fabreguette
  • Brigitte Doré mariée à Pierre Courjaret

Photos des enfants Doré vers 1951 au 57 rue du Dr Maunoury, archives de Bruno Doré

Francis est né dans une famille catholique. Il a été baptisé le 8 septembre 1934, soit le lendemain de sa naissance. Il fut aussi confirmé le 14 et 15 juin 1945 comme l’atteste cette affiche :

Affiche notifiant du baptême et de la confirmation de Francis Doré

Francis et ses frères et sœurs ont vécu une enfance choyée de leurs parents. Voici une lettre, récupérée par Yves Doré puis donnée à son frère Francis pour ses 30 ans de mariage, qui montre à quel point leur famille était soudée. En voici quelques extraits :

« Ce matin j’ai passé 1h à lui (Francis) rehausser ses pédales avec des petits morceaux de bois puis à 10h ½ je l’ai emmené sur la digue. Au début il ne voulait pas monter car c’est un peu moins stable que son tricycle et je regrettais presque mon achat mais au bout d’une ½ h il était habitué. Une fois il est même parti comme presque jusqu’au port et j’ai du prendre la bicyclette de Marcelle pour le rattraper. »

Cliquez ici pour voir cette lettre entièrement

« Mon chéri,

              Il fait un vent frais et je t’écris devant une mer superbe.

              Merci de ton petit mot, je vois que votre retour s’est bien passé mais que tu as trouvé beaucoup de travail. Tu ne me donnes pas de nouvelles de Poly. Est-il sage ?

              Je t’ai raconté ma journée de mardi. Hier matin … à St Pierre passer la journée. On nous avait invités à venir nous baigner et jouer au tennis. Avant de partir j’étais allé avec Francis essayer des bicyclettes que j’avais vues la veille. Il y en avait une petite, de garçon, très forte, qui … lui servir longtemps et coûtait 139… Je me suis décidée à la lui acheter, ce sera son cadeau pour ses 3 ans. Ensuite à 11h ½ avec les 2 marmots (?) nos costumes de bains, raquettes, etc… Nous avons pris le car pour St Pierre en Port ( ?).

              Ils s’étaient baignés le matin, ils trouvaient que la marée était plus agréable et le tennis avait été arrosé et on ne pouvait s’en servir pendant 2 jours. Si bien que la journée s’est passée à aller Chalet et chez Simone. Jacques et Francis se sont très bien comportés. Tous les gens qui ne connaissaient pas Francis ont trouvé qu’il faisait très garçon pour son âge. Le soir M. Biclet (?) et Maly nous ont ramené.

              Après diner nous sommes allés à La Baule. Je pense que tu avais du voir ta fameuse masseuse dans l’après-midi car nous avons eu une veine formidable. Mari a gagné 45 t moi 50 et Guy 15.

              Une autre soirée comme celle-là et j’aurais gagné la bicyclette de Francis. C’est bien la 1ère fois que cela nous arrive.

Ce matin j’ai passé 1h à lui rehausser ses pédales avec des petits morceaux de bois puis à 10h ½ je l’ai emmené sur la digue. Au début il ne voulait pas monter car c’est un peu moins stable que son tricycle et je regrettais presque mon achat mais au bout d’une ½ h il était habitué. Une fois il est même parti comme presque jusqu’au port et j’ai du prendre la bicyclette de Marcelle pour le rattraper. Ensuite il voulait faire du cheval sur le rebord de la digue. Il faut beaucoup le surveiller et je crois que lorsqu’il aura 5 ans ce sera un diable.

              Enfin il a passé 2h fouetté par le vent et il s’est endormi à table. C’est la vie qui te plait : au grand air. Comme nous ne pouvons jouer au tennis à cause du vent nous pensons aller vers 4h à Froberville (7 heures) voir une femme dont Marcelle s’occupe.

              Remercie bien tout le monde de leurs bons vœux de fête. Je n’écris pas à la Graffe, embrasse-les pour nous.

              Dis à Marg. que Marc fait le nécessaire pour la bourse ( ?) et qu’elle veut du pot de grès mais à la condition de ne pas vous embarrasser.

Je ne vous récrirais pas avant samedi. Installez bien Papa, mettez-lui quelques coussins que le voyage ne le fatigue pas. J’espère que d’ici là me vent va se calmer. Je le crois car le baromètre le montre.

              Embrasse mon petit Yves et garde pour toi de gros baisers de Poupoune qui t’attend samedi avec impatience. »

La guerre 39-45

Francis et certains de ses frères et sœurs ont du subir la guerre qui faisait rage dans la France occupée où Chartres, au sud de Paris, ne faisait pas exception à la règle.

Carte de la France occupée en 1940, Wikipédia

Pierre Doré, son papa fut d’ailleurs mobilisé durant la Seconde Guerre Mondiale, le voici en tenue de soldat en 1940 (avec en arrière-plan le magasin de la maison de gros) :

Photo de Pierre Doré soldat, archive de Bruno Doré

Cette période était difficile pour la famille comme le montre cette lettre écrite par Francis et signée par son frère Yves :

L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est Image14-687x1024.jpg.

L’appartement du 57 rue du Dr Maunoury fut également réquisitionné à deux reprises, par les allemands en 1941 et les américains en 1944 comme l’explique ces deux documents :

Après la guerre

Les dégâts de la guerre se sont sentis jusqu’au début des années 50. En effet, ces tickets de rationnement partagés par Bruno Doré datent de 1949 (certains n’ont pas été utilisés) :

Tickets de rationnement de la 2ème Guerre Mondiale, 1949

A partir des années 50, la maison rue Maunoury reprenait son calme comme le montre cette photo de 1959, une « image du bonheur » selon Bruno Doré :

Francis est à droite avec la petite fille, archive de Bruno Doré

La famille étendue

L’histoire familiale continua avec des lieux comme Les Embruns ou Méribel.

Les Embruns était une grande maison achetée par Pierre et Madeleine à Houlgate afin de pouvoir accueillir leurs enfants et petits-enfants en face de la mer, voici une photo datant de 1979 :

En partant d’en bas à gauche : Alexandre, Damien, Anne-Emmanuelle, Raphael , , Antoine, Jérôme, Elsa, Pierre Emmanuel, Valérie , Christophe, Hélène, Vincent, Nicolas, François, Frédérique, Pierre, Bruno, Laurence, Anne-Sophie, Yves, Jacques, Marie-Hélène , Sabine, Florence, Catherine, Xavier, Chantal, Brigitte avec Grégoire, Elisabeth, Jean-Louis, Solange, Francis et Marie-Hélène.
Pierre et Madeleine au centre. Archive de Bruno Doré

Mariage et descendance

Francis s’est marié avec Marie-Hélène Fruchard le 5 février 1965 à Sceaux.

Photos du mariage de Francis Doré et de Marie-Hélène Fruchard puis photo plus ancienne.

Ils eurent 4 enfants dont 3 qui n’ont malheureusement pas survécu longtemps après leur naissance : Jean-Baptiste, Marie et Béatrice (27/02/1969 – 1/03/1969).

Ils eurent ensuite Anne-Emmanuelle, née le 14 février à Chartres.

Anne-Emmanuelle et son papa Francis Doré

Anne-Emmanuelle s’est mariée avec Cyril Neveux le 18 juillet 1998 à la cathédrale de Chartres :

Fiançailles de Cyril et Anne-Emmanuelle Neveux

Cyril et Anne-Emmanuelle eurent ensuite deux enfants, Constance et Baptiste. Les voici avec leur grand-mère dans leur maison de Saumeray :

Photo de Marie-Hélène faisant la lecture à Baptiste et Constance Neveux

Marie-Hélène fût la secrétaire médicale de Francis, puis elle fit visiter la cathédrale de Chartres à de nombreux visiteurs. Voici ici un article décrivant sa mission :

Article sur le travail de Marie-Hélène dans la cathédrale

Francis, Anne-Emmanuelle, Cyril, Baptiste et Constance perdirent malheureusement leur mari, maman, belle-mère et grand-mère le 20 juin 2009.

Mort

Francis Doré est décédé au 14 rue du Moulin à Tan à Chartres le 15 février 2026.

Vie professionnelle

Parcours militaire

Francis fait son service militaire du 2 juillet 1961 au 27 janvier 1963 en Algérie (comme son frère Yves).

Francis Doré pendant la guerre d’Algérie

Il écrit de nombreuses lettres, notamment à ses parents, pour raconter son quotidien (cliquer pour montrer).

Lettre du 26 décembre 1961
Lettre du 31 décembre 1961
Lettre du 20 mars 1962
Lettre du 23 mars 1962
Lettre du 15 avril 1962
Lettre du 4 mai 1962
Lettre du 8 mai 1962
Lettre du 27 février 1963

Les lettres de Francis, jeune médecin militaire du contingent en poste à Baraki, dans la région d’Alger, témoignent d’une réalité complexe et tendue à la veille et au lendemain du cessez-le-feu de mars 1962. Son rôle se déploie sur plusieurs fronts : le service au sein de l’armée, l’assistance aux populations civiles, et l’observation des troubles politiques.


L’omniprésence du service médical

En tant que « toubib » (médecin), la charge de travail de Francis est considérable, mêlant les tâches militaires et civiles :

  • Médecin de la base et de l’A.M.G. : Il effectue des visites médicales quotidiennes, gère l’infirmerie (où affluent « une nuée de malades » – 26/12/61), rédige des certificats de naissance et de décès, et s’occupe des soins courants (infections, diabète, etc.). Il mentionne le manque de médecins (« l’ennui d’être seul médecin sur la base » – 26/12/61) et le besoin constant de médicaments (31/12/61).
Photographie du centre de rééducation de Douéra, Algérie, Le Monde Diplomatique
  • Assistance sociale et civile : Une partie significative de son temps est dédiée au centre social et aux sections de la S.A.S. (Section Administrative Spécialisée). Il y tient des consultations pour les indigents (souvent des musulmans), les nourrissons, les femmes, et participe aux tournées de « médecine de type préventif » (31/12/61). Il souligne le « besoin de faire du bien » mais aussi, parfois, l’absence de reconnaissance (31/12/61).
  • Le Contraste et l’Observation : Francis navigue entre des mondes opposés : la vie aisée des Européens à Alger et les conditions de vie précaires des musulmans. Il rencontre aussi le personnel local des SAS, comme les Mogazni (supplétifs), dont il salue le courage.
Défilé de supplétifs (Mogaznis), Images défense

Le chaos et l’exode post-cessez-le-feu (Mai 1962)

Les lettres d’avril et mai 1962 décrivent un effondrement de la situation sécuritaire et morale, malgré les accords d’Évian.

Le rôle de Francis se concentre alors sur les conséquences directes de cette violence :

L’intensification des violences et des enlèvements

La période est marquée par des affrontements entre les différentes factions, Francis dépeignant un climat de terreur :

  • L’O.A.S. et la Contre-Terreur : Francis note un « reprise de justice et d’assassinats » de la part de l’O.A.S. (Organisation Armée Secrète), qui, selon lui, s’associe à des « groupes extrémistes » musulmans pour obtenir la « terreur de la population » (08/05/62). Il y a également des enlèvements quotidiens.
Emblème de l’OAS, Wikipédia
  • Les enlèvements à Baraki : Le phénomène des enlèvements devient très présent. Francis rapporte 13 personnes enlevées en 10 jours à Baraki début mai, forçant les Européens restants à vivre dans la peur, « chaque personne qui entre dans la boutique peut amener leur mort » (08/05/62). Il y a une conscience aiguë que « l’avenir de ce pays n’est pas rose ».
  • Le rôle médical dans le chaos : Au milieu de cette violence, la mission médicale se poursuit, mais dans l’urgence. Francis rapporte que les blessés musulmans doivent être soignés clandestinement dans des cliniques (« cliniques de clandesin ») ou par des médecins comme lui, pour échapper aux troubles. Il souligne que ces blessés sont parfois « pris de sang chez les européens qui les enlèvent » (08/05/62).
Un hôpital clandestin du FLN où étaient soignés les Algériens victimes des attentats de l’OAS à Alger, en 1962. Fernand Parizot, AFP
Le démantèlement des structures françaises

Francis observe le départ massif des Européens et le délitement des structures :

  • L’exode et le désespoir : À Baraki, sur « 650 Européens », il n’en restait que « 6 » à la mi-mai (08/05/62). Ceux qui restent sont « dégoûtés » et se préparent à partir.
  • Le chaos à l’aéroport : Francis décrit la cohue à l’aéroport de Maison Blanche, où il se rend, soulignant l’impuissance des employés civils dépassés. Il rapporte le spectacle désolant de 300 personnes, des femmes et enfants, dormant par terre sans lits, dans l’attente d’un avion pour la France (08/05/62).
Des Européens attendent le départ de leur avion à destination de la France le 23 mai 1962 à l’aéroport de Maison Blanche à Alger, emportant le peu qu’ils leur restent dans de maigres bagages. AFP
  • L’Abandon des suppletifs : Il mentionne le sort des musulmans ayant coopéré avec l’armée française (Harkis, Mogazni). Le gouvernement et le F.L.N. ne « respectent » pas toujours les accords et les « pieds noirs sont pour beaucoup aussi dans cette voie » (08/05/62).

Le retour en métropole (Février 1963)

La fin de son service et son retour en France sont attestés par sa lettre d’Irun (Hendaye), datée du 27 février 1963. Francis est désormais installé en zone frontalière, travaillant avec l’Office National d’Immigration (O.N.I.) et l’hôpital d’enfants de l’assistance publique. Il a troqué l’uniforme contre une carrière civile, se consacrant à l’aide aux migrants. Il doit cependant faire face à une nouvelle adaptation culturelle (la langue espagnole) et au changement de rythme après l’intensité de la guerre.

Parcours universitaire

Francis obtient son Baccalauréat en Juillet 1953.

Après avoir fait son service militaire du 2 juillet 1961 au 27 janvier 1963, il s’engage en médecine.

Francis fait son premier stage d’interne à partir du 4 novembre 1963 à l’hôpital Necker sous l’égide du Professeur Lafitte.

Le 1er novembre 1964, il rentre dans l’hôpital des Enfants-Malades près de l’hôpital Necker.

Il est transféré dans l’hôpital Hérold dans le 19ème arrondissement de Paris le 1er mai 1965 avec le professeur Grenet.

Il travaille ensuite à l’hôpital d’Ivry à partir du 1er novembre 1965 pour étudier la médecine générale. Il est à nouveau transféré dans l’hôpital des Enfants-Malades en mai 1966.

Il change d’hôpital en octobre 1966 pour aller dans l’hôpital Trousseau pour un an avec le docteur Laplane.

Photo des membres de l’hôpital Trousseau (probablement ceux du service de Francis Doré). On peut voir Francis à la deuxième rangée du bas, 4 personnes en partant de la gauche.
Photo du professeur Robert Laplane

Il soutient sa thèse « Aspect actuel de l’acrodynie – A propos de 9 observations », il choisit le docteur Laplane comme directeur de thèse. Il étudie cette maladie qui se caractérise par des troubles vasomoteurs des extrémités avec œdème, érythème, froideur, hypersudation et sensations douloureuses.

Page de couverture de la thèse de Francis Doré sur l’acrodynie

Il devient chef de clinique de l’hôpital des Enfants-Malades sous l’égide du Professeur Pierre Mozziconacci, un pédiatre collaborateur de Robert Debré.

Photo de Pierre Mozziconacci

Le 14 septembre 1969, Francis Doré ouvre son cabinet de pédiatrie au 19 boulevard Chasles à Chartres :

Carte indiquant l’ouverture du cabinet de pédiatrie de Francis Doré

Photos du Dr Francis Doré en tant que pédiatre

Francis prendra ensuite sa retraite en ????. Un article paraît même dans le journal à cette occasion :

Extrait d’un journal sur le départ en retraite de Francis Doré


Commentaires

2 réponses à « Francis Doré »

  1. Avatar de Doré Bruno
    Doré Bruno

    Bravo cher Baptiste !
    Ce dossier est tyrès bien fait , vivant, affectueux, détaillé, illustré.
    Merci.
    Bruno

  2. Avatar de Marie-Hélène FRUCHARD
    Marie-Hélène FRUCHARD

    Tout à fait d’accord avec Bruno. BRAVO

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