Etablissements Kuhlmann

Les Établissements Kuhlmann sont un groupe industriel français fondé par le Pr Frédéric Kuhlmann en 1825, dans la chimie. Onzième plus grosse capitalisation boursière française en 1936, le groupe devient ensuite Ugine-Kuhlmann en 1966, puis Pechiney-Ugine-Kuhlmann en 1971.

Origines et fondation

Ancien élève du chimiste Nicolas Vauquelin, Frédéric Kuhlmann devient en 1823 professeur titulaire de la chaire municipale de chimie appliquée aux arts industriels de Lille, située rue du Lombard. Cette institution sera transformée en École des arts industriels et des mines (future École centrale de Lille) en 1854.

Conférence Histoire de chti’mistes – La saga de la chimie dans le Nord de la France, Université de Lille :

Sagas du Nord, Kuhlmann, France 3 (2015)

Il fonde les Établissements Kuhlmann avec le soutien financier de sa famille et de ses élèves. Rapidement actif dans la production d’engrais et de colorants, le groupe se distingue en développant des superphosphates, commercialisés comme fertilisants auprès des producteurs de betteraves à sucre lillois. Cette activité conduit à l’implantation d’une usine à La Madeleine en 1847, puis à Amiens et Saint-André-lez-Lille en 1852.

Photo ancienne de l’usine Kuhlmann © Archives municipales – Fonds Christian Janssens
Carte postale ancienne de l’usine Kuhlmann © Archives municipales – Fonds Christian Janssens

Les Établissements Kuhlmann, également appelés « Manufacture des produits chimiques du Nord », s’installent à Nantes en 1917 et à Paimbœuf en 1919, devenant dans l’Ouest de la France de grands producteurs de superphosphate et, à l’échelle nationale, les principaux fabricants de noir animal. Parallèlement, en 1848, Frédéric Kuhlmann, fondateur du groupe, crée le Crédit du Nord et en confie la direction à ses neveux.

À sa mort en 1881, Kuhlmann laisse une entreprise en pleine croissance. Sous la direction d’Édouard Agache, son gendre, de 1897 à 1919, le groupe devient l’un des principaux acteurs industriels chimiques français, occupant en 1913 la 40ᵉ place des plus grandes entreprises françaises.

Lors de la Première Guerre mondiale, l’occupation du Nord par les Allemands pousse Donat Agache (1882-1929), petit-fils du fondateur, à multiplier les implantations hors des zones de conflit, notamment dans l’Ouest et autour de Marseille (Port-de-Bouc, L’Estaque). La production se diversifie vers les acides sulfuriques monohydratés, essentiels pour l’industrie militaire, comme la poudrerie de Saint-Chamas, approvisionnée à hauteur de 10 000 tonnes par mois. Après la guerre, le groupe se reconvertit à l’agriculture, finançant de nouvelles usines par une introduction en Bourse et 20 augmentations de capital entre 1916 et 1930 (calculs de l’historien Hervé Joly). Bien que la part familiale diminue, les descendants conservent des postes de direction.

En 1924, à la demande de l’État, le groupe fusionne avec la Compagnie nationale des matières colorantes, issue d’une précédente fusion en 1917. Durant les années 1920, alors que le pétrole devient plus accessible, le groupe se développe dans la production de matières plastiques et résines synthétiques. Les usines produisent notamment des superphosphates, acides nitriques, dibromure d’éthylène, dichloréthane et bromure de méthyle. En 1936, le groupe atteint la onzième capitalisation boursière française, profitant de l’essor des sociétés industrielles à la Bourse.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, l’occupant allemand, via le groupe IG Farben, exige de contrôler la majorité des parts dans une nouvelle société regroupant les activités liées aux colorants, incluant les Établissements Kuhlmann.

En 1966, le groupe fusionne avec Ugine, spécialiste des aciers spéciaux, et la Société des Produits Azotés, formant Ugine-Kuhlmann. En 1971, Pechiney fusionne avec Ugine Kuhlmann, issu du regroupement d’Ugine Aciers et des Établissements Kuhlmann, pour former Pechiney-Ugine-Kuhlmann (PUK), un conglomérat industriel majeur en France, actif dans l’aluminium, la chimie, le cuivre, le nucléaire et les aciers spéciaux. Ugine Aciers, via sa filiale Durferrit-Sofumi, aurait produit avant 1945 des cristaux de Zyklon B, utilisé dans les camps d’extermination.

Malgré la fusion, PUK fait face à une crise dès 1974, exacerbée par le choc pétrolier et la concurrence asiatique. En 1976, PUK vend sa filiale TLM à SMI. En 1981, le groupe est proche de la faillite, avec une dette de 15 milliards de francs. La fusion avait mal été conçue, notamment à cause d’une politique industrielle erronée et de la vétusté des usines d’Ugine. PUK souffre également d’une gestion inefficace et d’une politique de ressources humaines défaillante, aggravée par une pollution importante.

Le groupe, dans l’incapacité de s’adapter, voit plusieurs secteurs en difficulté, comme Tréfimétaux. En 1981, après l’arrivée au pouvoir du gouvernement socialiste, PUK est nationalisé en 1982, restructuré et réduit de ses activités dans la chimie et les aciers spéciaux. En 1983, PUK se sépare de sa division chimie, rachetée par Atochem (aujourd’hui Arkema), et reprend le nom de Pechiney.

Fin du groupe

Assaini, le groupe adopte sous la présidence de Jean Gandois une stratégie de croissance et acquiert en 1988 le géant américain de l’emballage, American National Can. L’OPA sur sa maison mère, Triangle, entraîne un scandale politico-financier lié à un délit d’initié : l’affaire Pechiney-Triangle. L’entreprise double de taille, mais son endettement explose. En 1994, le nouveau PDG, Jean-Pierre Rodier, décide de recentrer le groupe sur ses activités principales et de le désendetter en vue de sa privatisation. Howmet, Carbone Lorraine et la majorité d’American National Can sont vendus, les coûts réduits, et l’entreprise est privatisée en 1995.

En 2000, un projet de fusion avec ses concurrents canadien Alcan et suisse Algroup est rejeté par la Commission européenne en raison de risques d’abus de position dominante dans plusieurs secteurs, dont l’automobile, la construction, les conserves alimentaires et les emballages. Le projet visait à créer un ensemble international de 22 milliards de dollars.

En 2001, Alcan acquiert Algroup et, en 2003, tente une OPA hostile sur Pechiney, qui est absorbé pour 4 milliards d’euros. Alcan crée ensuite Novelis pour se conformer aux clauses de non-concurrence, une société indépendante spécialisée dans le laminage. Avant 1984, six grands producteurs d’aluminium dominaient le secteur, mais en trois ans, quatre ont été absorbés, ne laissant que Alcan et Alcoa. En 2007, Rio Tinto rachète Alcan et renomme l’ensemble Rio Tinto Alcan.

En 2007, Rio Tinto Alcan fait face à une OPA hostile de BHP Billiton et décide de vendre pour 15 milliards de dollars d’actifs. En 2010, l’activité produits usinés est regroupée sous Alcan EP, qui devient plus tard Constellium en 2011. La même année, Alcan EP est cédé en partie à Apollo Global Management et au Fonds Stratégique d’Investissement, avec 39 % restant sous contrôle de Rio Tinto. En 2011, Constellium compte 70 sites et 11 000 employés, tandis qu’Albéa, issu de l’activité emballage, génère un milliard de dollars de chiffre d’affaires avec une quarantaine de sites.

Sites

Usine Kuhlmann de Loos au XIXème siècle
Usine Kuhlmann de Loos aujourd’hui
  • Usine de Saint-André-lez-Lille (1845-)
  • Usine d’Amiens (1845-)
  • Usine de La Madeleine-lès-Lille (1847-)
  • Usine de Miramas (1918-1944)
  • Usine de Gouhenans (1927-1955)
  • Usine de l’Estaque
  • Usine de Port-de-Bouc
  • Usine de Bordeaux
  • Usine de Chocques
  • Usine de Nantes
  • Usine de Paimboeuf
  • Usine de Hennebont
  • Usine de Huningue
  • Usine du Petit-Quevilly
  • Usine de Oissel
  • Usine de Villers Saint Paul
  • Usine Aubervilliers
  • Usine de Nevers
  • Usine Viviez
  • Usine Wattrelos
  • Usine de Rieme
  • Usine de Dieuze
  • Site d’enfouissement de Wintzenheim

Références

  1. Etablissements Kuhlmann, Wikipedia
  2. L’ère industrielle, ville de la Madeleine
  3. Frédéric Kuhlmann, Mémoire des ancêtres


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