
Yvonne Alice Julie Doré, née le 14 mai 1882 à Tours et morte le 8 avril 1969 à Chartres, est la femme d’Henri Doré.
Biographie
Naissance
Yvonne Jouet naît à Tours le 14 mai 1882, au sein d’une famille d’artisans renommés. Son père est Victor Jouet, un négociant, et sa mère Célestine Compagnon.
En août 1890, Yvonne a huit ans. Son caractère est, disent les religieuses, « bon et franchement dissipé ».

Mariage et enfants
À Arcachon, où son père Victor faisait une cure, Yvonne Jouet rencontre Henri Doré, fils d’Eugène Doré, commerçant en gros à Chartres. Leur mariage civil a lieu à Tours, puis le mariage religieux est célébré à Arcachon, symbole de cette union entre deux familles profondément attachées à leurs valeurs : le sens du devoir chez les Doré, le savoir-faire artisanal chez les Jouet.
Il se sont mariés le 4 novembre 1903 à Tours. Le mariage unit deux lignées chartraines : les Doré, commerçants et entrepreneurs, et les Jouet, artisans ébénistes de Tours, dont l’entreprise deviendra plus tard la maison Jouet-Lefroid.


Ils ont eu ensemble 7 enfants :
- Simonne Doré (1904-2010)
- Edith Dore (1906-1988)
- Pierre Doré (1910-1981)
- Jacqueline Doré (1911-1992)
- Philippe Doré (1913- )
- Michel Doré (1918-1971)
- Jean Doré (1919-2006)

Pour ses petits-enfants, Yvonne fut tout simplement « Bonne Maman », une présence constante, douce et bienveillante. Dans les souvenirs familiaux, elle apparaît toujours entourée de ses enfants et de ses nombreux petits-enfants, notamment sur une photo prise en décembre 1939, rue Chanzy, où elle pose au centre d’un groupe de quatorze membres de la famille Doré — image d’unité au seuil de la guerre.

Francis, Christiane, Yves, Patrice, Petit musée familial, Tome 1, Bruno Doré
Femme pieuse, discrète mais déterminée, elle traversa avec courage les épreuves des bombardements de Chartres en 1940 et 1944, la mobilisation de ses fils et la gestion des affaires en temps de guerre. Ses lettres émouvantes, adressées à ses enfants dispersés, témoignent d’un mélange unique de tendresse, d’humour et de fermeté morale.
Dans une lettre à son fils Pierre en 1940, elle raconte avec calme les bombardements, les pillages et les efforts pour rouvrir le magasin : un témoignage bouleversant de dignité dans l’adversité.
Lettre d’Yvonne à son fils Pierre, 12 juillet 1940
Chartres le 12 juillet 1940 Vendredi
Mon cher petit,
Enfin une lettre de toi qui me rassure sur ton sort. Quelle tristesse de vivre ainsi séparés, sans nouvelles les uns des autres.
On est sans nouvelles de Gilbert depuis le 11 juin, date à laquelle il était bombardé à Verneuil en remontant en Normandie. Il sortait indemne de cette attaque aérienne. Je commence à trouver que ce silence dure trop.
Edith est à Chartres avec moi. Voilà le second petit séjour qu’elle fait à Pomponne pour surveiller la remise en état de l’usine et de la maison fortement ébranlée par l’explosion des deux ponts. Je lui ai conseillé de faire faire une constatation pour le cas (bien improbable) ou nous toucherions es dommages de guerre. Personne des Brunet n’est rentré.
Madeleine, Marcelle et Simone sont toujours à la Baule avec les 11 petits. Elles désireraient rentrer ici, Madeleine surtout pour t’y attendre, mais je leur ai conseillé de rester encore, les enfants s’en trouvant très bien. De plus je n’ai pas d’essence pour les faire prendre et les trains fonctionnent encore au ralenti. Je pense cependant les envoyer chercher par un car (espèce poids lourd).
J’ai de bonnes nouvelles e Michel dont inclus lettre.
Jean est à Clermont Ferrant : E.A.R. Doré C.I.A. 1er Cie Quartier d’Assas Clermont Ferrand
Sois tranquille pour Madeleine, elle est en très bonne santé ainsi que les trois petits à qui ce séjour à la Baule est très profitable. As-tu reçu une lettre pour toi que j’adressai à Mr. Langé ne sachant où tu étais ? je reçois aujourd’hui un télégramme signé Doré que je suppose être de Michel-demandant un mandat télégraphique. Cette demande date du 15 juin. Je lui ai fait un envoi et t’adresserai demain un mandat de 1.000 frs. car tu dois être à court. Tu peux avoir recours aux Martinaud. J’en envoie aussi à Jean.
Très bonnes nouvelles de bonne maman qui a passé 15 jours à St Avertin loin des bombes. So immeuble du boulevard Heurteloup est intact mais deux maisons de rapport qu’elle possède quartier des halles sont par terre. 23 locataires de moins !
Je t’ai un peu parlé de nos propres malheurs. Une bombe est tombée sur la travée du milieu du magasin côté Brault. L’armature fer a été très endommagée mais les murs de ciment n’ont pas bougé. Naturellement plus une vitre sur le toit en fibro ciment et châssis vitrés (on ne trouve que peu de vitres) et demain nous ouvrons le magasin aux clients qui attendent avec impatience ayant tous été plus ou moins dévalisés. Nous l’avons été aussi hélas et dans les grands prix. Mr. Lucas est effondré du désordre mis dans son rayon. Mr. Georges n’est pas encore rentré. Vivien le remplace. Nous avons à peine la moitié du personnel, mais cela suffit grandement pour le moment. Mme Jane est là, heureusement.
Le vendredi matin à 3 heures (14 juin) j’avais sur le conseil de la municipalité fait évacuer en trois voitures le personnel restant à la maison (50 environ). Ils sont partis vers Rochefort où Mme Jane a une sœur. Tout s’est très bien passé et les deux voitures sont rentrées ces jours-ci- l’une d’elles conduite par Moisy est encore aux Sables. J’avais la ferme intention de rester à Chartres avec Mery. Mais on a fait évacuer la ville et R.G. est venu rue Chanzy pour me faire partir. Lui-même en faisant autant quelques heures après !!… Mery qui devait rester a été blessé ainsi que sa femme – sa mère tuée près de la grotte-aussi pris de panique il a fait comme les autres. La maison de commerce restée ainsi seule a été plus librement visitée par les pillards. J’avais bien du regret de l’avoir abandonnée, mais Vidon, maire par procuration, m’a dit que je n’aurais pu empêcher cette bande de piller tous les magasins. Et comme je n’aurais pu empêcher la bombe… J’ai moins de regrets d’être partie. Depuis plusieurs jours j’avais chargé sur une voiture notre comptabilité prête à être emmenée à Tours. Je suis donc partie avec elle et Mangin sur l’ordre de E. Gilbert. Mais à Tours on m’a dit qu’il fallait mieux aller plus loin. Nous avons donc déposé ces archives à Thouarcé et je suis allé échouer à La Baule d’où je suis repartie le jour de l’armistice avec Edith. La pauvre petite a été bien déçue de ne pas avoir de nouvelles de son mari. La maison de Pomponne est inhabitable. Plus de toiture et toutes les fenêtres arrachées. L’usine plus loin des ponts a peu souffert. Elle se demande pourquoi ses beaux-parents et « l’affecté spécial » ne sont pas rentrés encore. On parle de mettre la tannerie entre les mains des militaires allemands ;
Je n’ai aucune nouvelle de Mery. Sa femme a été sérieusement blessée, lui à la tête par la dégringolade de la toiture vitrée. Nos pompiers sont toujours en déroute, à Toulouse ou Limoges. Très peu de chartrains sont rentrés. Le 15 juin dit le maire il restait seulement 700 personnes à Chartres. Votre habitation rue du Dr. Maunoury a été habitée par les troupes allemandes mais pas abimée ; par exemple il ne reste plus une glace aux fenêtres coté parc. Patouillard a de l’ouvrage. Aucun dégât rue Chanzy ni rue de la clouterie dont les caves bien garnies avaient repris leur ancienne destination.
Si je sais que tu peux recevoir mes lettres je t’écrirai fréquemment.
Je t’embrasse bien affectueusement
Y. Doré
Soutient de son mari et de la maison Doré
Yvonne accompagne son mari dans la gestion de la maison familiale de commerce, la Maison Henri Doré, située rue de la Clouterie, puis rue Chanzy à Chartres.
Dans le milieu chartrain, on l’appelle souvent « Madame Henri », reflet du respect qu’elle inspirait, mais aussi du rôle qu’elle jouait dans l’entreprise et dans la société locale.
Sans être « affairiste », selon les mots de ses descendants, elle fut une femme d’affaires avisée, attentive à la prospérité de la maison tout en restant profondément humaine. Après la mort brutale d’Henri en 1933, c’est elle qui maintient le cap, soutenue par ses enfants, assurant la continuité et la stabilité familiale pendant des années marquées par les difficultés économiques puis la guerre.
Mort
Yvonne meurt le 8 avril 1969 à Chartres.
Dans ses papiers retrouvés après sa mort, on a découvert plusieurs maximes qu’elle gardait près d’elle, comme un testament spirituel.
Elles révèlent sa philosophie de vie :
« La clef du bonheur est dans l’oubli de soi. Compatir aux souffrances des autres, soulager, faire plaisir, sourire, aimer. »
« La vie nous a été donnée pour fabriquer de la vertu pour nous et du bonheur pour les autres. »
Ces phrases résument parfaitement celle qu’elle fut : une femme simple mais profondément spirituelle, tournée vers les autres, toujours soucieuse d’apaiser et d’aimer.
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