Entreprise Agache

Histoire de l’entreprise Agache

Fondations et débuts (1824-1857)

L’entreprise Agache est fondée en 1824 par Donat Agache à Lille, rue du Croquet, dans le quartier Saint-Sauveur. Issu d’une famille de cultivateurs, Donat Agache se spécialise initialement dans le négoce de lin, une fibre textile largement utilisée à cette époque.
En 1828, Donat Agache s’associe avec Florentin Droulers pour créer une première filature de lin. Ce partenariat marque le début de l’industrialisation de leur activité.

En 1849, Donat Agache et Florentin Droulers profitent des opportunités liées à la crise économique de 1848 pour racheter une filature en difficulté située à Pérenchies, appartenant auparavant à Julien Le Blan. Cette acquisition permet à l’entreprise d’étendre ses opérations et de s’implanter dans une zone propice à l’industrie textile.

Carte postale de l’usine Agache à Pérenchies

Donat Agache dirige l’entreprise jusqu’à son décès en 1857.

Développement sous Édouard Agache (1857-1914)

Après la disparition de Donat Agache, son fils Édouard Agache reprend la direction de l’entreprise. Avec Charles Droulers, fils de Florentin, il poursuit le développement des activités.

En 1870, une séparation amiable a lieu entre les deux familles :

  • Édouard Agache conserve la filature de Pérenchies.
  • Charles Droulers reprend la gestion des installations de Lille.

En 1872, Édouard Agache épouse Lucie Kuhlmann, fille du chimiste Frédéric Kuhlmann, créant ainsi un lien stratégique entre les secteurs textile et chimique. Cet événement renforcera les synergies entre les deux industries dans les décennies suivantes.

Les usines Agache, notamment à Pérenchies, La Madeleine et Seclin, deviennent parmi les plus importantes filatures de lin en France, employant jusqu’à 2 000 ouvriers. L’entreprise diversifie progressivement ses activités en intégrant des tissages et filatures de coton pour rester compétitive face à la demande croissante de textiles variés.

Destruction et reconstruction après la Première Guerre mondiale (1914-1930)

La Première Guerre mondiale provoque des destructions majeures dans les usines Agache, en particulier celles situées à proximité du front dans le Nord de la France.

Carte postale représentant les ruines de l’usine Agache durant la guerre 1914/1918

Grâce aux indemnités de dommages de guerre, l’entreprise entame un programme ambitieux de reconstruction dès 1919. Dans les années 1920, Agache s’adapte aux avancées technologiques et introduit de nouvelles fibres artificielles, comme la rayonne, pour répondre à l’évolution du marché.

Carte postale de la reconstruction de l’usine Agache

Crise et mutations (1930-1980)

L’industrie textile connaît des difficultés croissantes dans la première moitié du XXe siècle, notamment à cause de la concurrence internationale et des changements économiques. Toutefois, les usines Agache continuent d’opérer jusqu’à la deuxième moitié du siècle.

Vue aérienne des établissements Agache en 1960

En 1967, l’entreprise est absorbée par les frères Willot, donnant naissance à la Société foncière et financière Agache-Willot. Ce groupe acquiert à son tour Boussac Saint-Frères, un conglomérat textile qui détient des enseignes prestigieuses comme Le Bon Marché et la maison de couture Christian Dior.

Logo de la financière Agache
Catalogue Agache Agalys en allemand en 1978

Témoignage de Marie-Thérèse Peulmeulle de cette époque :

En 1979, j’ai repris à la confection où il y avait beaucoup plus d’ouvrières qu’avant. C’était assez dur. Il ne fallait pas se reposer. Mais je n’ai jamais eu de problème. Je faisais aussi les parures de lit. On était payé à la pièce et on travaillait vite au rythme du tapis roulant qui passait devant nous. On disposait un drap dans une boite avec un couvercle transparent. Lorsque la taie, pliée en coin pour faire plus joli, était à son tour disposée, on refermait la boite et on finissait par un nœud et une étiquette.
On les rangeait ensuite par quatre dans des boites en carton. Au début, on ne travaillait que 24H/semaine. Ce n’était pas beaucoup. Puis le travail a un peu repris.
On recevait notre paie en espèces deux fois par mois dans une enveloppe. Le premier versement, environ 75F, nous était remis le 15 du mois. Le reste était versé à la fin du mois.
Ce jour là, les femmes des ouvriers venaient à la sortie de l’usine afin d’éviter que le fruit du travail disparaisse dans les bistrots des environs, nombreux à cette époque. Quelle ambiance à la sortie de l’usine !

Lorsque l’activité a fonctionné un peu mieux, le personnel s’est trouvé insuffisant pour faire face à la demande. Alors, on a fait appel aux gars des mines et chaque jour, des bus, 4 ou 5, les amenaient pour travailler à Pérenchies. C’était surtout pour la filature au mouillé où le travail était assez difficile.

Cliquer ici pour voir le témoignage complet

Comme mes parents venaient d’acheter leur maison, 5 rue de la Pannerie, ils avaient besoin d’argent. Alors, il n’y avait rien à dire. Pour mes 14 ans, j’entrais chez Agache.

Mes parents, eux aussi, avaient travaillé chez Agache. Mon père était tisserand et ma mère travaillait au bobinoir. Mes grands-parents aussi étaient de la maison comme mon parrain Raymond Trannois.

En arrivant chez Agache, les jeunes filles effectuaient une semaine de travail puis une semaine de cours et ainsi de suite.

On apprenait le métier de la confection mais aussi un peu de couture, un peu de cuisine, à faire le ménage et du tricot. On recevait ainsi « l’éducation d’une bonne épouse ! ».

A 14 ans, j’ai enfin eu l’autorisation d’aller au cinéma. C’était la fête de Saint Nicolas et un goûter suivait le film.

C’est là que j’ai rencontré celui qui deviendra plus tard mon mari : Claude Delayen. Il habitait à Prémesques, à la Montagne et était né en 1944. Il travaillait aussi chez Agache.

Pour me rendre à la confection, je me souviens encore du chemin que je prenais. Rue Edouard Agache, on entrait par une grand grille. On partait alors vers la droite vers les chaufferies qu’on longeait. Puis, on tournait à gauche et à droite. Il y avait alors une petite porte et un escalier. C’est à l’étage qu’on travaillait.

J’ai commencé avec les draps. Ils arrivaient tout chiffonnés et on devait les pré-plier et les classer selon la taille et les couleurs. Après le pliage, on les descendait afin de les emballer. C’était du coton, en métis blanc ou écru. Par la suite, la couleur fera son apparition.

Je suis restée un an au pliage puis ils ont voulu me mettre sur une machine mais je n’étais pas assez rapide. Alors, on m’a mise sur la confection des bourdons sur une autre machine. Il s’agissait de petites décorations à faire sur le haut du drap. C’était très lent et je n’avais pas assez de patience.

A 15 ans, je suis donc descendue pour emballer les draps. J’ai aussi repassé. J’utilisais alors un gros fer à vapeur. Celle-ci venait d’un grand ballon. Pour l’époque, il s’agissait d’une machine moderne. On avait aussi une presse à repasser. Quand les draps avaient été pliés, on les plaçait sous la presse. La force et la vapeur leur donnaient un meilleur aspect, mieux pliés et mieux repassés.

Quand cela était fait, on les mettait dans des casiers en les triant par taille et par couleur. Puis, selon les commandes, on les regroupait , on les emballait et on confectionnait des palettes. Celles-ci étaient chargées sur des camions. Parfois, j’aidais à l’expédition et m’occupais du chargement.

En 1969, j’ai arrêté de travailler pour élever mes trois enfants : Corinne, Christine et Jean Claude.

Dix ans plus tard, en 1979, j’ai repris à la confection où il y avait beaucoup plus d’ouvrières qu’avant. C’était assez dur. Il ne fallait pas se reposer. Mais je n’ai jamais eu de problème. Je faisais aussi les parures de lit. On était payé à la pièce et on travaillait vite au rythme du tapis roulant qui passait devant nous. On disposait un drap dans une boite avec un couvercle transparent. Lorsque la taie,  pliée en coin pour faire plus joli, était à son tour disposée, on refermait la boite  et on finissait par un nœud et une étiquette.

On les rangeait ensuite par quatre dans des boites en carton.

Au début, on ne travaillait que 24H/semaine. Ce n’était pas beaucoup. Puis le travail a un peu repris.

On recevait notre paie en espèces deux fois par mois dans une enveloppe. Le premier versement, environ 75F, nous était remis le 15 du mois. Le reste était versé à la fin du mois.

Ce jour là, les femmes des ouvriers venaient à la sortie de l’usine afin d’éviter que le fruit du travail disparaisse dans les bistrots des environs, nombreux à cette époque. Quelle ambiance à la sortie de l’usine !

Lorsque l’activité a fonctionné un peu mieux, le personnel s’est trouvé insuffisant pour faire face à la demande. Alors, on a fait appel aux gars des mines et chaque jour, des bus, 4 ou 5, les amenaient pour travailler à Pérenchies. C’était surtout pour la filature au mouillé où le travail était assez difficile.

Le midi ou le soir, tout le monde allait chercher son pain à la boulangerie juste en face de la sortie de l’usine. A la confection, on avait pris l’habitude  d’y aller commander le jeudi, chacune notre tour, un gâteau que l’on mangeait le vendredi. On le plaçait dans un casier et lors de la pause, chacune d’entre nous allait y chercher sa part pour la déguster avec son café. On n’en profitait pas pour ne pas travailler. C’était la pause. Il faut bien dire que le travail n’était pas trop strict.

Comme à l’époque de mes débuts, l’entreprise fêtait la Saint Nicolas et Noël. Il y avait un goûter et une distribution de coquilles.

Pour Noël, on allait quelques temps avant, avec nos parents à la salle des fêtes. Un exemplaire de chaque jouet y était présenté et on pouvait passer commande du cadeau que l’usine offrait aux enfants de ses ouvriers.

Malheureusement, la crise est arrivée et les licenciements sont apparus. Suite à une intervention chirurgicale, j’ai dû arrêter le travail. A mon retour, ils ne m’ont pas reprise et j’ai été licenciée.

Confection Agache dans les années 1970, SPMC
La confection Agache avant 1965, SPMC

Cependant, le groupe Agache-Willot rencontre des difficultés financières majeures dans les années 1970, menant à un dépôt de bilan en 1981.

L’ère Bernard Arnault et la fin des activités textiles (1984-1990)

En 1984, Bernard Arnault reprend le contrôle de la Financière Agache. Sous sa direction, l’entreprise se réoriente vers l’industrie du luxe. Il restructure le groupe, cède les activités textiles en 1988, et conserve les actifs prestigieux comme la maison Christian Dior.

Les usines Agache ferment définitivement en 1990, marquant la fin de plus d’un siècle d’histoire industrielle à Pérenchies. Depuis, les anciens sites industriels ont été en grande partie reconvertis en zones d’activités artisanales et commerciales.

Impact économique et social

L’entreprise Agache a eu un impact considérable sur la région du Nord de la France, en particulier à Pérenchies :

  • Elle a été le principal employeur local pendant plusieurs générations.
  • Les usines Agache ont façonné l’identité économique et sociale de la commune.
  • Des infrastructures annexes, comme une caserne de pompiers d’usine, ont été créées pour répondre aux besoins spécifiques du site.

Héritage et mémoire

L’entreprise Agache laisse derrière elle un héritage industriel important. Plusieurs témoignages de cette époque subsistent aujourd’hui :

  • Des collections patrimoniales (machines, documents) sont conservées dans les musées du patrimoine textile.
  • Les récits des habitants de Pérenchies, disponibles dans des archives locales et familiales, illustrent l’importance historique de l’entreprise.

L’histoire d’Agache témoigne du dynamisme industriel du XIXe siècle dans le Nord, ainsi que des défis économiques du XXe siècle.

Références


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